Home > Demain Paysan 18-28-37-41-45 > n° 44 - octobre 2021
Partager sur :

Demain Paysan 18-28-37-41-45


 

Vous y trouverez les infos sur l'actualité agricole, les actions syndicales locales,des témoignages sur des pratiques d'agriculture paysanne, des infos pratiques sur la réglementation et vos droits.

L'abonnement est gratuit pour les adhérent·es à la Conf' 37 et les adhérent·es aux Ami·es de la conf'

----------------------------------------------------------------------------------

BULLETIN D'ABONNEMENT :
Dans la rubrique "INFOS PRATIQUES"

   Onglet : Journal "Demain Paysan 18-28-37-41-45"

----------------------------------------------------------------------------------

COURRIER DES LECTEURS & LECTRICES :

 Pour en finir avec le jugement de la PAC, 25/07/21

Dans DEMAIN PAYSAN n°43, le point de vue d'un maraîcher à la retraite et d'une éleveuse, résumé dans une phrase à "plus besoin de la P.A.C." m'a agréablement surpris, d'autant plus qu'une bonne partie du journal est consacrée à des aménagements de ladite P.A.C. et non à sa remise en cause. C'est d'ailleurs ce que j'ai pu observer pendant les 8 années où j'étais en activité et syndiqué à la Confédération Paysanne: les orientations de la P.A.C. sont régulièrement critiquées (à juste titre) dans des résumés riches en abréviations et graphiques obscurs pour le non-initié, en omettant que le problème pourrait venir de l'existence même de la P.A.C. En imitant Antonin Artaud, je dirais que si la P.A.C. existe, c'est de la merde. Donc je préfère qu'elle n'existe pas.

Je me souviens précisément du seul comité Conf auquel j'ai assisté où, après avoir récolté l'approbation de tous les participants sur le fait que tout paysan devrait pouvoir dégager un revenu décent de son travail sans passer par des aides, je me suis rendu compte que tous percevaient ces aides. En conséquence, la moitié de la réunion fut dédiée à comprendre et expliquer comment remplir la dernière version de la déclaration P.A.C., qui apparemment était de plus en plus complexe.
 Or, dans ce domaine comme dans d'autres, les problèmes qu'on dit "complexes" ont parfois des solutions très simples dès lors qu'on enlève les oeillères. Je ne prétends pas qu'il est facile de résoudre ce problème de dépendance mais je suis parti de cette réunion avec le constat amer que rien ne changerait car nul ne mord la main qui le nourrit: on ne peut pas exiger de changement quand on est sous perfusion.

Pour ma part, quand je me suis installé, je rêvais d'un monde où chacun vit dignement d'un travail digne dans des conditions dignes, i.e. sans avoir à quémander des subsides (sous forme d'aides, de subventions, voire de R.S.A.) d'un Etat qui, par ailleurs, privilégie les activités les plus nuisibles de ce secteur comme des autres (agro-business, agro-industrie /spéculation, numérisation, globalisation), au mépris du vivant et des jeunes générations.

Je rêvais d'un monde agricole où, plutôt que payer des contrôleurs en A.B. laxistes afin d'obtenir le droit de ne pas polluer, puis demander à la région où à l'Etat de compenser les surcoûts, il soit juste impossible d'utiliser des engrais et pesticides de synthèse car ils n'existeraient tout simplement plus.

Je rêvais de consommateurs qui, plutôt que chercher toujours des prix bas, accepteraient de payer le prix réel des produits, quitte à rogner sur leurs précieux et coûteux loisirs ; j'ai même rêvé que chaque consommateur devienne producteur!
 Je rêvais de mesures gouvernementales qui, au lieu de promouvoir une alimentation saine et locale, empêcheraient tout bonnement de consommer chimique et mondialisé.

J'ai rêvé d'un salaire horaire fixe quel que soit le métier exercé, ce qui aurait aussi l'avantage de simplifier considérablement un système de répartition dévoyé.

Je rêve par conséquent de paysans autonomes qui, au lieu de demander une aide à l'embauche, peuvent dégager de leur activité un revenu et du temps libre sans avoir besoin d'un salarié.

Ces mesures bien plus simples que celles en place actuellement permettraient à de nombreux employés de bureau de quitter enfin leur enfer numérique pour vivre à l'air libre, fiers de leur travail, dans des fermes à taille humaine, parmi des animaux bien traités et un environnement sain. J'imagine également ce que chacun ferait du temps libéré de ces obligations administratives: au lieu de passer leur temps à se battre pour des aménagement de la P.A.C., les élus conf pourraient avancer sur des dossiers plus "terre à terre". Plutôt qu'expliciter aux confédérés les dernières réformes, les animatrices conf pourraient se consacrer à de nouveaux projets. Et plutôt que s'arracher les cheveux pour remplir leur déclaration et espérer boucler leur compta grâce à cela, les paysans pourraient se consacrer à leur travail, à leur famille, à leurs amis... voire à leur repos bien mérité !

J'ai rêvé de tout cela, j'ai essayé de le vivre en devenant paysan, je n'ai pas réussi à me dégager du temps pour militer, et finalement j'ai échoué. Pourtant je reste persuadé que j'avais fait le bon choix. Encore aujourd'hui, je préfère rêver à ces utopies plutôt que penser à la dystopie paysanne actuelle consistant à peiner physiquement et financièrement pour fournir des bons produits à des nantis. J'espère que, malgré l'adversité, de nombreux paysans font aussi ce genre de rêves, et je leur souhaite de tout coeur bon courage.

Antoine FERJOUX, ancien maraîcher (37)


Le numéro du mois

n° 44 - octobre 2021
Editorial
Dossier Archives

Editorial

L'agriculture paysanne, un espoir à construire ensemble


> Télécharger le numéro 44

Avec la désertification des campagnes, le vieillissement des populations et la spécialisation des activités agricoles c'est la diversité qui risque de s'écrouler.
La modernité vantée des décennies précédentes et le mirage d'un confort de vie à la mode occidentale s'est construit sur la prédation de la nature et l'exploitation catégorielle de l'humanité à l'échelle mondiale. La planète s'ébroue et notre place sur cette Terre apparaît dans sa fragilité crue.
Pourtant, Rien ne nous empêche de choisir puis de construire le chemin qui distingue la fatalité personnelle de l'espoir collectif.
Ce Rien est une posture, une attitude de lutte pour mobiliser, expérimenter, progresser, convaincre, s'ancrer et recommencer. Tout cela autour d'ambitions simples : une Agriculture paysanne pour que des jeunes s'installent, pour que la nourriture soit saine, pour que la coopération remplace la compétition.
La solution de l'individualisme détourne souvent l'énergie disponible comme illusion à sa propre survie. Le spectacle funeste des politiques de l'eau, entre discours généreux et détournement honteux, témoignent de la construction d'un rapport de force où l'égoïsme des intérêts de classes percute l'émergence d'une conscience collective pour
préserver l'avenir.
Notre rôle d'alerte et d'acteurs de proximité pour planter une haie avec des Amapiens, pour défendre une maternité rurale avec des élus et des soignants, pour participer à la création d'un abattoir de proximité, pour animer un forum sur les communs de la planète : Eau, Air mais aussi sols nous place en responsabilité d'agir.
Les pionniers de la Confédération paysanne s'y étaient attelés, poursuivons le sillon. Nous récolterons avec d'autres que nous ne connaissons pas encore, les fruits de ces choix durables, justes et solidaires.

Thierry Bouvet, pêcheur en Touraine

TROUVEZ UNE CONF'
NOUS CONTACTER Confédération paysanne de Touraine
8 allée des rossignols 37170 Chambray-lès-Tours / 02 47 28 52 16 / contact@confederationpaysanne37.org